DÉSARMEMENT-JAPON/ETATS-UNIS: Le Japon soutient la réforme de la politique nucléaire américaine

AddThis

Nuclear Abolition News | IPS
Jamshed Baruah*


BERLIN (IPS) - Les parlementaires et militants japonais nourrissent de grands espoirs à propos de l’issue des débats controversés concernant la réforme de la politique nucléaire américaine (US Nuclear Posture Review ou NPR) à laquelle le gouvernement du Président Barack Obama serait en train d’apporter les dernières modifications. Mandaté par le Congrès américain, cette importante réforme donnera le ton et l'orientation de la politique des États-Unis en matière d'armes nucléaires pour les cinq à dix prochaines années.

La réforme en cours de la politique nucléaire américaine représente le premier changement d’attitude en près de deux décennies depuis la fin de la guerre froide. Les gouvernements précédents de Bill Clinton et George W. Bush ont achevé leurs politiques en la matière en 1994 et en 2001 respectivement.

Le Japon étant le seul pays au monde à avoir subi des bombardements nucléaires sur ses villes de Hiroshima et Nagasaki en 1945, c’est donc avec une certaine impatience que le pays examine la nouvelle orientation et la mission des forces nucléaires américaines en particulier dans le contexte des récentes provocations atomiques en provenance du régime communiste en Corée du Nord.

Dans une interview réalisée par e-mail depuis Tokyo, l’ancien vice-ministre japonais des Affaires étrangères, Masayoshi Hamada, a déclaré à l’agence IPS que "la possibilité pour le Japon de s'impliquer pleinement dans le désarmement nucléaire semble se présenter juste devant nous."

Hamada, qui siège pour le parti d’opposition New Komei à la Chambre des Conseillers est l'un des 204 membres des deux chambres du parlement japonais (Diète), qui a souscrit à une récente lettre adressée au Président Obama, au secrétaire d’Etat (ministre des Affaires étrangères) américain Hillary Clinton, au ministre américain de la Défense Robert Gates ainsi qu’aux membres du Congrès américain. Cette lettre milite pour la révision des pourparlers sur la limitation des armes stratégiques (START) entre les États-Unis et la Russie et appelle à la réduction du nombre d'armes nucléaires.

La lettre fait suite à une autre correspondance envoyée par le ministre japonais des Affaires étrangères Katsuya Okada à l’attention d’Hillary Clinton en décembre 2009. Dans sa lettre, le ministre Okada prend ses distances avec la politique de soutien nucléaire de ses prédécesseurs et exprime sa crainte que certains responsables japonais ont pu faire pression sur les Etats-Unis pour maintenir son arsenal nucléaire actuel, une position "qui est clairement en contradiction avec mon point-de-vue qui est plutôt en faveur d’un désarmement nucléaire". Dans sa lettre, Okada appuie également l’idée de limiter l’usage des armes nucléaires à la dissuasion ainsi qu’une interdiction d’usage des armes nucléaires contre les Etats membres du Traité de non prolifération qui ne sont pas dotés d’armes nucléaires.

Les parlementaires japonais pointent du doigt une série d'événements à venir dont un sommet sur la sécurité nucléaire qui se tiendra à Washington en avril ainsi qu’une conférence sur la non-prolifération nucléaire le mois suivant à New York.

Beaucoup se demandent si la lettre des membres de la Diète japonaise aura un quelconque impact sur la nouvelle politique nucléaire de l'administration Obama ou sur l’attitude du Congrès américain étant donné que seulement 204 des 700 députés japonais ont signé la lettre en question.

"Le chiffre de 204 députés ne signifie pas que les autres parlementaires sont automatiquement opposés à la lettre ou étaient réticents à le signer", explique Akira Kawasaki, membre du comité exécutif de l’organisation mondiale Peace Boat basée au Japon et conseiller à la coopération australo- japonaise au sein de la Commission internationale sur la non-prolifération et le désarmement. "Si les initiateurs du mouvement avaient été plus proactives, tous les membres de la Diète japonaise auraient signés cette lettre", estime-t-il.

"Les membres du Parti communiste japonais n'ont pas signé la lettre parce qu'ils ont trouvé qu'elle était trop modeste et qu’elle ne favorisait pas assez la considération de nouvelles mesures en faveur du désarmement", rappelle Kawasaki.

Hans M. Kristensen, directeur du Nuclear Information Project à la fédération des scientifiques américains, estime que "la lettre des parlementaires, en plus des déclarations du gouvernement japonais, joue un rôle important dans ce débat en transmettant l’idée haut et fort que le plus important allié des Américains dans le Pacifique ne s'oppose pas à la politique de désarmement nucléaire du gouvernement Obama, soutient non seulement la réduction des armes nucléaires mais aussi la réduction des missions que ces armes ont." D’après Kristensen, la nouvelle politique nucléaire américaine permettra de réaffirmer l’engagement des Etats-Unis en matière de dissuasion nucléaire tant que le Pacifique qu’ailleurs dans le monde tout en ayant le soutien du Japon dans sa politique de réduction du nombre et des missions des armes nucléaires.

Interrogé sur ce qu'il pensait de l'idée présente au sein d’une certaine élite politique japonaise qui craint que la politique de non usage en premier (no first use) ainsi que les éventuelles déclarations des Etats-Unis en matière de désarmement exposerait le Japon à la menace nucléaire chinoise et éventuellement nord-coréenne, Gregory Kulacki, analyste et manager en Chine pour la firme américaine Union of Concerned Scientists confirme qu’ils ont mené une enquête approfondie en la matière.

"Bien qu'il existe des inquiétudes parmi certains experts en sécurité nucléaire au sein du ministère des Affaires étrangères et au sein du ministère de la Défense (à Tokyo) au sujet des changements significatifs de la politique américaine, il n'y a pratiquement aucune chance que ces préoccupations puissent avoir un quelconque impact sur l’attitude et le soutien fermes de l’élite politique japonaise au traité de non prolifération et au désarmement nucléaire général". Par ailleurs, "le gouvernement japonais a fortement appuyé les recommandations de l’ICNND pour une déclaration immédiate des États-Unis précisant que le seul but des armes nucléaires américaines était de décourager et, en dernier ressort, de répondre à l'utilisation d'armes nucléaires par un autre pays."

(FIN/IPS/2010)

* Cet article fait partie d'un projet commun IPS-Soka Gakkai International (SGI) sur l'abolition du nucléaire. L'auteur est correspondant d'IDN- InDepthNews, un service spécialisé sur les questions de désarmement nucléaire et sur le Japon.

 

Search