Q&R : «Je me dois de faire pression pour un monde sans nucléaire »

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Nuclear Abolition News | IPS
Anna Shen interroge Tadatoshi Akiba, le maire d'Hiroshima


NEW YORK (IPS) - Au sortir d'une conférence de l'ONU portant sur le rôle que les maires du monde entier peuvent jouer sur les questions nucléaires, le maire d'Hiroshima Tadatoshi Akiba a plaidé pour une sortie rapide de l’armement nucléaire. Il y intervenait non seulement comme le maire d’une ville qui a connu un holocauste nucléaire il y a 65 ans auparavant mais aussi en tant que Président de l’association Mayors for Peace (Maires pour la Paix) qui regroupe près de 4.000 villes à travers le monde. Dans un entretien accordé à la correspondante d’IPS Anna Shen, Tadatoshi Akiba parle du développement de Hiroshima, de son implication personnelle sur la question nucléaire et la révision du traité sur la non-prolifération nucléaire qui aura lieu ce mois- ci à l’ONU.

IPS : Hiroshima est une ville tout à fait moderne et reconstruite. Pouvez- vous me dire comment la ville a été reconstruite après le bombardement ?

Akiba : Les personnes qui sont venues dans le cadre de l'armée d'occupation étaient vraiment de très bons planificateurs urbanistiques. Le plan de la ville reflète la frontière au moment de la planification urbaine, par exemple ils ont apporté Kenzo Tange pour créer le parc de la Paix. Mais il y avait aussi des facteurs historiques, parce que la destruction de la ville était si complète et que de nombreux citoyens devaient continuer à vivre malgré le fait que des rites funéraires n'étaient pas possibles. En fait, dans toute la ville, il y avait des gens qui devaient marcher sur des cadavres, ce genre de considération rend la planification urbaine plus délicate. Par exemple, il y avait un magasin de fleurs et beaucoup de gens étaient morts près de ce magasin, on a donc créé un mémorial à cet endroit. Il y a ainsi des milliers de monuments dans toute la ville. Pour les gens, créer une belle ville passe par la création du sacré.

Q: Pouvez-vous nous parler des Hibakusha, les rescapés des bombardements d'Hiroshima et de Nagasaki?

A: Les Hibakusha vivent une douleur et des souffrances lorsqu’ils racontent leurs histoires au monde extérieur. Et nombreux sont ceux qui ne peuvent pas raconter leurs histoires comme tant de gens qui sont victimes de guerre et de tragédies et qui n’y arrivent pas, certains ont aussi la chance d’en parler. Ainsi, il y avait un homme, M. Tanabe, qui n'a jamais raconté ses propres vécus jusqu'à ce qu'il ait 60 ans, qui est le moment du renouvellement d'un cycle au Japon. Ses parents étaient morts et il avait dû être élevé par sa tante et son oncle. Il ne voulait pas causer de problèmes affectifs à ses proches. Comment a-t-il pu supporter de passer tant d’années sans exprimer des sentiments de représailles ou de remords? Tout ce qu'il voulait faire, c'était de créer un film racontant ses histoires à propos de ceux qui vivaient dans cette région et montrer ce que la bombe atomique a détruit et comment ces vies ont été éliminées, son but était de faire en sorte qu’il ne fallait plus que cela se produise.

Q: Comment voyez-vous votre rôle en tant que maire?

A: En tant que maire, nous devons être la voix (des gens) et discuter avec le gouvernement afin qu'il écoute notre voix et auprès de l’ONU, nous devons partager nos expériences. Une chose importante à noter est que nous avons eu la 28e séance plénière du Conseil InterAction, qui se compose d'anciens chefs d'Etat et de gouvernement. Les membres de ce Conseil sont venus à Hiroshima, dont Malcolm Fraser, ancien Premier ministre d'Australie, et Ingmar Karlsson de Suède, ancien ambassadeur et écrivain prolifique. Après avoir vu le musée et parler aux survivants, ils ont vraiment compris ce que signifie souffrir d'armes nucléaires et il y avait un sentiment d'urgence acquis qui les contraint de recommander à tous les chefs d'Etats de venir à Hiroshima et à Nagasaki. Ils étaient si émus par leur visite. Ce ne sont pas des gens ordinaires, ce sont ceux qui sont sympathiques et humanitaires et venir à Hiroshima leur a laissé un grand impact. J’invite d’ailleurs tous les chefs d'États dotés d'armes nucléaires à venir à Hiroshima cette année pour assister au 65e anniversaire du bombardement. Le rôle du maire est de représenter les Hibakusha et de militer en faveur d’un monde exempt d'armes nucléaires. Les victimes aimeraient voir ce monde de leurs propres yeux, afin qu'ils puissent dire à leurs victimes «ta mort ne fut pas en vain. Il y a un monde exempt d'armes nucléaires ». Je me sens investi du devoir de faire tout pour que ce vœu soit exaucé.

Q: Qu'est-ce que vous attendez de la révision du traité sur la non- prolifération nucléaire ?

R: C'est une excellente occasion de mobiliser l'opinion publique mondiale et de l'utiliser pour l'humanité. Plusieurs déclarations d'ouverture reflètent une grande partie des idées défendues par les Maires pour la Paix.

(FIN/IPS/2010)

 

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