"Pas facile d’avoir un Moyen-Orient dénucléarisé"

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Nuclear Abolition News | IDN
Ramesh Jaura interroge Daisaku Ikeda, Président de la Soka Gokkai International

BERLIN - Une réunion prévue pour 2012 en vue d’avancer vers un Moyen-Orient exempt d'armes nucléaires risque de rencontrer de graves difficultés, estime Daisaku Ikeda, Président de l'association bouddhiste Soka Gakkai International (SGI).

"Les enjeux sont complexes et ne devraient pas être résolus par la convocation d'une seule conférence", précise M. Ikeda dans un interview par email réalisé par l’agence de presse IPS.

"En fait, étant donné l’historique des guerres, de la violence et des haines féroces qui règne dans la région, il sera tout sauf facile de mettre sur pied une telle conférence. Mais la situation actuelle est clairement intolérable et pourrait considérablement s’aggraver à tout moment. Pour ces raisons, il est nécessaire de développer des voies de dialogue et de trouver des façons de commencer à désamorcer les tensions".

Les traités de l’année dernière établissant des zones exemptes d'armes nucléaires en Asie centrale et en Afrique constituent "une importante source d'espoir", précise-t-il.

Quelques extraits de l'interview:

Q: Est-ce que la conférence (Conférence de réévaluation des Parties au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires en mai dernier a également appelé à l’organisation d’une conférence sur le Moyen-Orient) a ouvert le chemin au monde pour aller vers l'abolition des armes nucléaires ? Ou s’agit-il juste des promesses et des platitudes ?

R: Comme vous le mentionnez, les gens tentent maintenant d'évaluer les résultats de cette conférence de réévaluation et il existe un large éventail d'opinions à ce sujet. Il est regrettable, par exemple, que les principales différences entre les Etats détenant des armes nucléaires et les États non dotés d'armes nucléaires n’aient pas été surmontées. En conséquence, la proposition dans le projet de rapport qui avait exigé l'ouverture de négociations sur le désarmement nucléaire en respectant un calendrier précis n'a pas été retenue dans le document final. Par ailleurs, de nombreuses autres questions restent en suspens.

Cependant, les divisions qui avaient paralysé la Conférence de réévaluation du TNP de 2005 ont été évités et le document final comprend des plans d'action spécifiques. Pour moi, il s’agit d’une preuve claire de la prise de conscience croissante parmi les gouvernements dans le monde que nous ne pouvons pas perdre d'occasion d’avancer vers les progrès et vers un monde exempt d'armes nucléaires.

Q: Qu'est-ce que vous considérez comme étant des réalisations importantes?

A: Je pense que la conférence a eu trois réalisations particulièrement remarquables. Tout d'abord, après avoir affirmé que tous les États doivent faire des efforts particuliers pour établir le cadre nécessaire pour atteindre et maintenir un monde sans armes nucléaires, le document final fait référence, pour la première fois, aux propositions visant à créer une convention internationale sur les armes nucléaires (NWC).

Deuxièmement, la conférence a reconnu que la seule garantie absolue contre la menace posée par les armes nucléaires est leur abolition. Et troisièmement, la conférence a appelé les pays à respecter le droit international humanitaire à la lumière des effets catastrophiques de l'utilisation des armes nucléaires.

Les demandes des États non dotés d'armes nucléaires et des ONG pour une Convention internationale sur les armes nucléaires en vue d’aboutir à l'interdiction totale de ces armes de destruction massive avaient jusqu'à présent été rejetées au motif que cela était prématuré ou qu'une convention était mal adapté à la réalité des relations internationales.

En conséquence, la question n'avait jamais été directement abordée lors des négociations internationales, ce qui rend la référence à la future convention dans le document final de la Conférence de réévaluation du traité de non prolifération nucléaire d'autant plus significatif.

Je crois que cela a été réalisé par la rencontre d'un large éventail d'acteurs, à commencer par le Président de la conférence de réévaluation, les organismes compétents des Nations Unies tels que le Bureau des affaires de désarmement, des gouvernements qui se sont engagés pour l'abolition du nucléaire, mais aussi grâce aux efforts déterminés de de nombreuses organisations de la société civile. Les jeunes membres de la Soka Gokkai, par exemple, ont recueilli plus de 2,2 millions de signatures au Japon pour soutenir la proposition de convention pour l’abolition des armes nucléaires. Ils ont ensuite présenté ces signatures au Président de la Conférence des Nations Unies ainsi qu’au Secrétaire général.

Q: Que faire maintenant ?

R: Nous devons poursuivre sur cette lancée. Je demande instamment l'ouverture rapide de négociations sur une convention internationale relative aux armes nucléaires en gardant un œil sur la prochaine Conférence de réévaluation programmée pour 2015 et qui marquera le 70e anniversaire de l'utilisation de l'arme atomique contre Hiroshima et Nagasaki. Il existe de nombreux obstacles à surmonter mais je suis convaincu que le moment est venu pour l'interdiction complète des armes nucléaires.

Deux principes mis en exergue dans la déclaration finale indiquent parfaitement cette voie. La première commence par : « La conférence réaffirme et reconnaît que l'élimination totale des armes nucléaires est la seule garantie absolue contre l'utilisation ou la menace de l'utilisation des armes nucléaires ...." La seconde est: « La conférence exprime sa profonde préoccupation devant les conséquences humanitaires catastrophiques de toute utilisation des armes nucléaires et réaffirme la nécessité pour tous les États à tout moment de se conformer au droit international applicable, y compris le droit humanitaire international"

Considérant que le débat intergouvernementale sur la question nucléaire a souvent été formulé en termes de logique politique ou militaire, nous avons ici un texte qui donne clairement la priorité aux valeurs humanitaires et rappelle l'impératif de respecter la dignité inhérente à la vie.

Q: En quoi précisément les armes nucléaires posent un problème humanitaire?

A: Les survivants d'Hiroshima et de Nagasaki ont partagé leurs expériences lors de la conférence de réévaluation en demandant l'abolition du nucléaire. Les souffrances causées par l'utilisation des armes nucléaires ne se limitent pas aux instants juste après le bombardement. Les armes nucléaires sont des armes inhumaines en fin de compte dont les effets continuent de causer de la douleur et d’offenser la dignité humaine pendant plusieurs générations.

(Cet article a été réalisé en partenariat avec IDN-InDepthNews)
21 juin 2010 - IPS

 

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